En avril 2025, le Maroc a déposé auprès de l’UNESCO un dossier visant à inscrire l’art et le savoir-faire du caftan marocain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une initiative aussitôt contestée par Alger, qui affirme que ce vêtement est un héritage partagé, voire exclusivement algérien. En réponse, le Royaume a déployé un argumentaire historique, technique et culturel, soutenant l’origine strictement marocaine de cette pièce emblématique.
Au fil des siècles, le caftan marocain a évolué bien au-delà de sa fonction initiale de tenue d’apparat pour s’imposer comme un marqueur identitaire fort. L’annonce par le Maroc de sa candidature à l’UNESCO pour inscrire cet art l’a placé au centre d’une rivalité culturelle persistante avec l’Algérie. Depuis le début des années 2000, les deux pays rivalisent pour faire reconnaître leurs patrimoines respectifs, faisant de la culture un instrument diplomatique et un levier d’influence. Dans ce duel symbolique, le caftan concentre des enjeux où se mêlent étroitement histoire et fierté nationale.
Pour le Maroc, les origines du caftan sont indissociables de son territoire. Les archives et les travaux d’historiens attestent de sa présence dès le XIIᵉ siècle, sous la dynastie almohade, puis de son perfectionnement sous les règnes mérinide, saadien et alaouite. Fès est unanimement reconnue comme le berceau du caftan, et Marrakech, Rabat, Tétouan et Meknès, sont devenues des centres de référence.
Le caftan ne se résume pas à un vêtement : il incarne tout un système artisanal alliant tissage, broderie et passementerie. Ses éléments distinctifs — la sfifa, galon tissé à la main selon des techniques séculaires ; les aakads, boutons de soie torsadée façonnés avec précision ; ou encore les broderies fassies, réputées pour leur raffinement — témoignent d’un savoir-faire d’exception. Loin d’être figées dans le passé, ces traditions perdurent, notamment à Sefrou, capitale mondiale du bouton de soie, où des milliers d’artisanes perpétuent cet héritage. Des coopératives féminines et des institutions comme la Maison de l’Artisan, l’OMPIC ou l’association Timendotes œuvrent à préserver ces techniques tout en les adaptant aux créations contemporaines.
Pour appuyer sa position face aux revendications algériennes, Rabat s’appuie sur des faits documentés. En 2012, Alger a obtenu l’inscription à l’UNESCO du costume nuptial de Tlemcen, qui intègre un vêtement proche du caftan. Le Maroc y voit un acte d’appropriation culturelle, rappelant que les techniques mises en avant (mejboud (broderie), mansouj (tissage de soie), sfifa…) sont d’origine marocaine et auraient été introduites à Tlemcen par des artisans venus de Fès et de Marrakech.
Les archives précisent même que les tisserands fassis exportaient leurs étoffes de grande qualité jusqu’à Oran et Tlemcen, confirmant le rôle central du Maroc dans la diffusion de ces savoir-faire. Les collections des musées internationaux, à Paris, New York ou Amsterdam, renforcent cette thèse : les pièces anciennes y sont attribuées au Maroc et accompagnées de documentations détaillées.
Le caftan a également marqué la diplomatie culturelle marocaine. Offert à des personnalités comme Farah Diba, Oum Kalthoum ou Hillary Clinton, il véhicule l’image d’un artisanat raffiné et d’une tradition prestigieuse. Sa renommée internationale doit aussi beaucoup à l’inspiration qu’il a suscitée chez des couturiers de renom tels qu’Yves Saint Laurent, Christian Dior ou Oscar de la Renta, qui ont intégré ses influences dans leurs créations.
Selon Rabat, défendre la marocanité du caftan dépasse la seule dimension patrimoniale : c’est un enjeu de souveraineté culturelle et d’affirmation identitaire. L’inscription à l’UNESCO vise à protéger cet héritage tout en contrant toute tentative de réécriture historique. En conjuguant fidélité aux traditions, innovation créative et rayonnement mondial, le Maroc entend faire reconnaître, sur la scène internationale, que le caftan est l’expression authentique d’une histoire, d’un savoir-faire et d’une culture profondément enracinés dans le royaume.
